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| - À l'occasion des dix ans de l'Accord de Paris, Laurence Tubiana, l'une de ses architectes, a salué une hausse des émissions de gaz à effet de serre beaucoup moins marquée aujourd'hui.
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Elle a relevé "18% d'augmentation entre 2005 et 2015", contre "1,8% entre 2015 et aujourd'hui".
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Un ordre de grandeur confirmé par les banques de données sur le sujet, mais est-ce un effet direct de la mise en application de cet accord ? Les Vérificateurs font le point.
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"La salle a explosé de joie."
Dix ans après l'adoption de l'Accord de Paris (nouvelle fenêtre), le 12 décembre 2015, l'une de ses architectes, Laurence Tubiana, est revenue sur cette victoire arrachée dans la capitale française : pour "la première fois"
, "tous les pays allaient se décider à agir ensemble"
, a salué la présidente de la Fondation européenne pour le climat, invitée vendredi 12 décembre sur franceinfo (nouvelle fenêtre). Et de se réjouir en particulier d'une "chute énorme de l'augmentation"
des émissions de gaz à effet de serre depuis. On recense ainsi, après "18% d'augmentation des gaz à effet de serre entre 2005 et 2015"
, seulement "1,8% (…) entre 2015 et aujourd'hui"
, a-t-elle souligné, une division par 10. "L'Accord de Paris a tracé une ligne dans le sable : il y a des choses qui se sont passées avant, des choses qui se sont passées après"
, a-t-elle encore défendu, tout en regrettant que le niveau des émissions "augmente toujours beaucoup trop"
. D'où sont issus ces chiffres ? L'accord a-t-il réellement joué un rôle dans cette limitation de la hausse des émissions ? Les Vérificateurs se sont penchés sur la question.
Une augmentation des émissions en net ralentissement depuis l'Accord
Contactée par TF1info, la Fondation européenne pour le climat nous a renvoyés vers un rapport (nouvelle fenêtre) de l'ONG britannique Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU), publié fin octobre. On retrouve des chiffres proches, et même plus encourageants encore, que ceux avancés par Laurence Tubiana. Toutefois, ils concernent uniquement les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO₂), l'un des principaux gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, et non l'ensemble de ces gaz.
Le document stipule ainsi que "depuis 2015, les émissions annuelles de CO₂ [...] n'ont augmenté que de 1,2%, contre 18,4% au cours de la décennie précédant l'Accord de Paris"
. Un chiffre incluant à la fois les émissions de CO₂ liées aux énergies fossiles, et "l'utilisation des sols"
, autrement dit les émissions liées à l'agriculture et à la déforestation notamment.
Toutefois, ce rapport s'appuie en partie sur le projet de recherche international Global Carbon Project, qui a depuis actualisé ses chiffres dans son dernier rapport annuel (nouvelle fenêtre), publié en novembre dernier. D'après nos calculs à partir de cette base de données, les émissions ont grimpé de 17,38% entre 2005 et 2014, puis de 2,91% entre 2015 et 2024 (et même 2,43% jusqu'à 2025, en s'appuyant sur des projections). En résumé, un écart légèrement moins marqué que celui évoqué par Laurence Tubiana, mais malgré tout conséquent, autour de 14,5 points de différence.
À l'échelle annuelle, ce ralentissement est aussi nettement visible. Les émissions de CO₂ liées aux énergies fossiles et à l'utilisation des sols ont "augmenté plus lentement au cours de la dernière décennie (0,3% par an en moyenne) qu'au cours de la décennie précédente (1,9% par an)"
, selon le dernier rapport du Global Carbon Project.
En prenant d'autres critères de comparaison, l'écart se réduit mais reste marqué. En se concentrant uniquement sur le CO₂ émis par les énergies fossiles, et en excluant l'utilisation des sols, on relève une dizaine de points de différence entre la décennie pré et post-Accord de Paris (nouvelle fenêtre).
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Pour considérer l'ensemble des gaz à effet de serre, incluant les gaz fluorés et le méthane notamment, il faut se tourner vers le rapport annuel du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) sur la réduction des émissions, publié début novembre également. Selon nos calculs à partir de cette étude (nouvelle fenêtre), qui agrège de nombreuses données, les émissions, après avoir grimpé de près de 18% entre 2005 et 2014, ont augmenté de près de 7% entre 2015 et 2024, soit environ 11 points de différence.
En résumé, l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre a bien nettement ralenti depuis l'Accord de Paris, même si ces émissions se poursuivent toujours – celles de CO₂ issues des énergies fossiles ont même atteint un record cette année (nouvelle fenêtre), selon le Global Carbon Project. "Comme si vous rouliez sur une route, et que vous passiez de 100 à 50 km/h : vous continuez d'avancer, mais vous ralentissez"
, illustre Françoise Vimeux, climatologue à l'Institut de recherche pour le développement.
Un degré de moins dans les projections de hausse des températures
La question est désormais de savoir quel rôle a joué l'Accord de Paris dans cette diminution de la hausse des émissions. Selon plusieurs experts interrogés, il est difficile d'y répondre avec certitude. Mais cette étape a bien joué un rôle central, en exigeant des pays signataires qu'ils établissent et actualisent régulièrement leurs Contributions déterminées au niveau national (CDN), leur feuille de route climatique respective. Avec un objectif commun en ligne de mire : limiter la hausse des températures entre 1,5 et 2°C d'ici à la fin du siècle (nouvelle fenêtre).
"On peut imputer ce ralentissement de la hausse à cet accord : on recense aujourd'hui 35 pays qui diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre, contre 18 entre 2005 et 2014"
, pointe Françoise Vimeux, en soulignant au passage que des baisses d'émissions liées aux bouleversements économiques pendant la crise sanitaire du Covid-19 (nouvelle fenêtre) n'ont joué qu'un rôle "ponctuel"
dans ce ralentissement. "Le succès de cet accord, c'est d'avoir mis en musique des contributions volontaires nationales mais dans un cadre international, ce qui a marqué un vrai signal, un marqueur majeur. On sent bien qu'il a créé une dynamique à l'échelle planétaire"
, abonde Jean-Louis Dufresne, chercheur au CNRS et directeur de recherche au Laboratoire de météorologie dynamique (LMD). Un constat illustré par le rapport du PNUE, qui souligne que "l'Accord de Paris a joué un rôle essentiel dans la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre prévues"
. Les projections de hausse des températures à l'horizon 2100 en fonction des politiques actuelles "sont passées d'un peu moins de 4°C"
lors de son adoption "à un peu moins de 3°C aujourd'hui"
.Une dynamique "insuffisante" pour atteindre son propre objectif ?
Certains spécialistes soulignent toutefois que des évolutions avaient déjà été mises en place avant l'accord. Pour Philippe Quirion, directeur de recherche au CNRS et directeur du Cired (Centre international de recherche sur l'environnement et le développement), le fléchissement des émissions est surtout lié au "développement de
l'éolien et du solaire
(nouvelle fenêtre), au début de l'électrification dans les transports et aux gains d'efficacité des appareils électriques"
. Des progrès réalisés par "quelques pays, certains avant l'Accord de Paris (Danemark pour l'éolien, Allemagne pour le solaire…), d'autres par la suite (Chine…)"
, même si cette signature a "clairement joué un rôle dans les arbitrages"
de ces pays.
"Il est difficile de dire si l'Accord a joué un rôle ou non. On peut plus clairement attribuer un rôle aux dirigeants"
, estime de son côté Adrien Fabre, économiste au CNRS et membre de ce même Cired. À l'instar du président américain Donald Trump, qui s'est retiré de ce même Accord (nouvelle fenêtre) et défend l'exploitation des énergies fossiles, à rebours de l'impulsion donnée par ses prédécesseurs démocrates.Lire aussi
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Par ailleurs, "l'Accord de Paris a probablement permis d'impulser une dynamique en faveur du climat, mais elle est insuffisante toutefois pour atteindre l'objectif qu'il s'est fixé"
, regrette l'expert. En cause selon lui, un cadre pas suffisamment contraignant sur la réduction des émissions, mais aussi
l'échec des négociations sur "une question essentielle"
: "comment répartir
les efforts entre les pays
(nouvelle fenêtre)"
, indispensable pour parvenir à "une politique climatique harmonisée et solidaire à l'échelle internationale".
Malgré les chiffres encourageants du recul de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, le PNUE estime ainsi que "les dix ans de l'Accord de Paris ont stimulé l'action climatique, mais l'ambition et la mise en œuvre restent insuffisantes par rapport aux besoins"
. "Les nations restent loin d'atteindre l'objectif"
fixé une décennie plus tôt, s'inquiète-t-il.
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