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| - On affirme en ligne que le secteur de l’alcool a perdu plus de 800 milliards de dollars.
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Les changements de consommation des plus jeunes seraient en cause.
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On vous explique pourquoi ce raisonnement est assez simpliste.
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Le désintérêt des plus jeunes pour l’alcool a-t-il provoqué l’effondrement du marché mondial ? Sur X, un post vu plus de 24 millions de fois affirme que (nouvelle fenêtre) "l'industrie de l'alcool a perdu 830 milliards de dollars en quatre ans car la génération Z ne boit pas"
. Il n’est pas rare de lire dans la presse ou sur les réseaux sociaux que la jeune génération, née entre 1997 et 2012 et appelée la Gen Z, tourne le dos à la consommation d’alcool. La perte de plus de 800 milliards de dollars pour le secteur serait donc directement liée à ce phénomène. Nous avons vérifié l’origine de ce montant et la réalité des habitudes des Gen Z.
Un indice sur la valorisation boursière
Ce nombre se retrouve facilement en ligne : il provient d’un article de Bloomberg, publié en octobre 2025. Dans cette enquête (nouvelle fenêtre), le média économique revient sur les pertes en bourse des principales entreprises cotées du secteur de l’alcool entre 2020 et 2024. Selon l’indice Bloomberg, qui suit la valorisation d’une cinquantaine de sociétés de boissons, "les actions des principaux producteurs mondiaux de bière, de vin et de spiritueux ont perdu un total de 830 milliards de dollars"
en quatre ans.
Si "l’évolution des habitudes de consommation d'alcool"
est tout de suite pointée du doigt, et notamment chez la génération Z, Bloomberg précise que d’autres facteurs jouent dans cette baisse. En effet, le média renvoie aussi aux "préoccupations croissantes en matière de santé (qui) ont pesé sur les bénéfices de l'ensemble du secteur"
et aux "droits de douane américains"
décidés par Donald Trump qui ont aggravé la crise rencontrée par la branche.
Reste que cette chute de la valorisation en bourse ne se traduit pas par une baisse du chiffre d’affaires du secteur, comme le fait remarquer l’IWSR, une société basée à Londres qui se présente comme le leader mondial des données, de l'analyse et des études de marché pour l'industrie des boissons alcoolisées. Selon des données fournies à TF1info, la valeur du marché total des boissons alcoolisées dans le monde (le prix de détail des boissons alcoolisées consommées, équivalent au chiffre d'affaires) a augmenté de 2% de 2021 à 2024, "période qui n'inclut pas les données inhabituelles liées au confinement de 2020".
Les volumes totaux des boissons alcoolisées, vendues et consommées, ont toutefois diminué de 1% entre 2019 et 2024.
L’IWSR s’intéresse également aux consommateurs de la génération Z et indique que
sur les 15 marchés clés pour le secteur, à savoir les États-Unis, l'Inde, la Chine ou plusieurs pays européens dont la France, "73% des répondants de la génération Z ayant atteint l'âge légal de consommation d'alcool ont déclaré avoir consommé de l'alcool au cours des six derniers mois".
Un taux qui se trouve "désormais légèrement inférieur à celui de l’ensemble des générations sur les quinze marchés (77%)".
C’est aussi ce que montre une étude conduite à l’échelle européenne. D'après l'enquête ESPAD (nouvelle fenêtre) de 2024, 74% des 15-16 ans disent avoir déjà consommé de l’alcool, cette fois au cours de leur vie. Il s’agit bien d’une baisse de la consommation de cette tranche d’âge sur trente ans, puisqu’ils étaient 88% à le déclarer en 1995.
Moins de budget alcool et plus de bien-être
Ces données nous montrent donc que la Gen Z boit toujours, mais moins qu’avant, selon des données consolidées sur plusieurs années. Et avec des habitudes différentes liées à l’alcool. Par exemple, la pratique du binge drinking
, qui se définit comme la consommation de cinq verres ou plus en une seule occasion, est passée de "36% en 1995 à 30% en 2024, soit le niveau le plus bas enregistré par l'ESPAD"
chez les 15-16 ans. À l'inverse, d'autres comportements à risque se sont développés. Pour ne citer que lui, l’usage récréatif du protoxyde d’azote a nettement augmenté auprès des jeunes Européens (nouvelle fenêtre) au cours des dernières années, avec des conséquences sérieuses sur la santé.
Plusieurs raisons expliquent cette distance prise par la jeune génération avec la consommation d’alcool. "Il y a des facteurs économiques, avec une part importante des 18-34 ans qui ont réduit leur budget alcool dans le contexte de la crise économique et de l’inflation
, développe la Dr Juliette Hazart, médecin en santé publique et addictologue. Il y a aussi des facteurs culturels et de santé, avec plus de préoccupation autour du bien-être, de la performance, de l'image de soi, du sport, du sommeil et avec une moindre valorisation sociale de l'ivresse répétée."
Dans cet esprit, des initiatives comme le Dry January consistant à ne pas boire tout au long du mois de janvier rencontrent du succès, année après année.
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