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| - Des internautes prétendent qu'un système d'élimination de corps a été mis au jour sur l'île où Jeffrey Epstein conduisait certaines de ses victimes.
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Une trappe "donnant sur l'océan" et des achats conséquents d'acide sulfurique sont notamment présentés comme des preuves irréfutables.
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Si les abus sexuels perpétrés par le milliardaire sont documentés, aucun élément solide ne vient accréditer cette théorie relayée en ligne.
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Il y a quelques jours, la photo d'une jeune femme allemande disparue en 2015 a été partagée sur le réseau social X. Le cliché est présenté comme celui d'une "mannequin mentionnée dans les Epstein files"
; ce qui suggère une responsabilité de l'ex-homme d'affaires et délinquant sexuel dans cette affaire. En commentaire, une internaute relaie (nouvelle fenêtre) une série d'éléments intrigants : elle glisse que la maison de Jeffrey Epstein comprenait "une pièce dotée d'une trappe donnant directement dans l'océan"
, mais également un cabinet dentaire. Elle ajoute que des factures attestent de la livraison de plus de 1.200 litres d'acide sulfurique "de qualité industrielle".
Ces éléments sont présentés comme les rouages d'un système d'élimination des corps. "Ils arrachaient les dents"
pour que les victimes "ne puissent pas mordre ou être identifiées"
, avant que les cadavres soient "dissous dans l'acide et jetés dans l'océan"
, nous assure-t-on. En moins d'une semaine, cette publication a été consultée plus de 24 millions de fois, mais cette théorie se révèle infondée dès lors que l'on analyse en détail les prétendues "preuves" qui sont avancées.
Des documents authentiques, mais mal interprétés
Avant toute chose, il faut noter qu'une jeune femme de 22 ans est bien portée disparue depuis 2015. De nationalité allemande et prénommée Michele, elle a été mentionnée dans les Epstein files et fait partie des victimes suspectées du criminel américain. Alors qu'elle cherchait à se lancer dans une carrière de mannequin, il est attesté qu'elle a été en contact régulier avec un recruteur suédois. Un homme au profil douteux, accusé d’avoir officié comme rabatteur pour Jeffrey Epstein.
La presse allemande a mené l'enquête, sans pour autant mettre au jour des preuves tangibles permettant de relier la disparition de Michele au délinquant sexuel. Le Spiegel
a interrogé (nouvelle fenêtre) deux anciennes assistantes de Jeffrey Epstein, qui ont rapporté n'avoir jamais vu la jeune femme. Dans le même temps, il est établi que le recruteur suédois a envoyé des photos d'elle au milliardaire, mais rien ne permet à l'heure actuelle d'affirmer qu'une rencontre a in fine
été organisée.
Si les conditions de cette disparition restent aujourd'hui floues, qu'en est-il de la présence d'une "trappe menant à l'océan"
dans la bâtisse construite sur l'île Little Saint James ? Déjà partagée en ligne (nouvelle fenêtre) au cours des derniers mois, une photo de la trappe a été jugée suspecte par de nombreux suiveurs anonymes du feuilleton judiciaire. Un cliché lui aussi exhumé des Epstein files et auquel il est possible d'apporter une analyse rationnelle. Dans la presse américaine, qui suit chaque rebondissement de l'affaire, on assure que la trappe fait en réalité partie d'un "banal système de collecte et de filtration d'eau"
et qu'elle "donnait sur un réservoir de stockage plutôt que sur la mer".
Une autre photo (nouvelle fenêtre) issue de la même série nous apporte des indices déterminants. Elle montre le stockage, juste à côté de la trappe, d'une palette de sacs sur lesquels on retrouve l'inscription "calcium de Curaçao". Ce produit, à base de calcaire et qui provient de l'île caribéenne de Curaçao, est couramment utilisé selon son fabricant pour l'entretien des systèmes de filtration d'eau. Des explications qui concordent avec les autres images de la pièce, évoquant un local technique et la présence d'hypochlorite de sodium, un composé chloré servant notamment comme agent de blanchiment et de désinfection.
Notons enfin que le Département de la Santé des Îles Vierges américaines - petit archipel qui abritait l'île de Jeffrey Epstein - évoque (nouvelle fenêtre) la présence très fréquente de réservoirs d'eau alimentés par des systèmes de récupération d'eau de pluie pour l'approvisionnement en eau potable des logements. Au total, près de 90% des foyers en seraient équipés, en raison notamment de la rareté des ressources en eau douce dans la région.
Le système de dessalement d'eau nourrit des spéculations
Au cœur des théories portant sur un prétendu système d'élimination des corps sur l'île de Jeffrey Epstein, on retrouve les factures d'achat de grandes quantités d'acide sulfurique. Des documents authentiques, jugés troublants pour plusieurs motifs : la nature de ce produit d'une part, très dangereux en raison de sa puissance corrosive et oxydante, mais aussi à cause des dates d'achat. La commande dont on retrouve la trace dans les Epstein files remonte en effet au 6 décembre 2018, soit le jour précis du lancement d'une nouvelle enquête visant l'homme d'affaires, par des agents du FBI et le bureau du procureur des États-Unis à Manhattan.
Cette concordance des événements a nourri en ligne l'idée selon laquelle Epstein et son entourage se seraient empressés de détruire des preuves, et qu'ils auraient alors agi pour faire disparaître des corps. Digne d'un film hollywoodien, ce scénario se heurte à plusieurs éléments factuels. Tout d'abord, on observe que les documents (nouvelle fenêtre) relatifs à l'achat d'acide ont été émis par une société floridienne spécialisée dans le dessalement de l'eau de mer. On découvre aussi que d'autres produits achetés le même jour à la même entreprise se destinent à des opérations liées au traitement de l'eau. Qu'il s'agisse de "matériel pour sondes de conductivité"
, du "remplacement d'un pH-mètre"
, ou encore de la fourniture d'une série de câbles.
Le site américain Snopes, qui a vu émerger en ligne de nombreuses théories entourant cet achat d'acide chlorhydrique, souligne (nouvelle fenêtre) qu'il s'agit d'une substance qui "intervient dans le processus d'osmose inversée"
et qui "permet d'effectuer un prétraitement chimique de l'eau"
. En pratique, "l'acide abaisse le pH de l'eau afin d'empêcher la formation de dépôts de carbonate de calcium sur les membranes qui filtrent l'eau pour éliminer les impuretés".
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Une série d'autres documents, figurant eux aussi dans les Epstein files, ont mis en évidence dès 2013 (nouvelle fenêtre) l'existence d'une unité de dessalement d'eau sur l'île Little Saint James. Celle-ci rencontrait d'ailleurs des problèmes à l'usage, en raison d'un pH de l'eau trop élevé. C'est alors que l'ajout d'une pompe d'injection d'acide sulfurique a été décidé pour compenser les dysfonctionnements. Du matériel qui demande à être réapprovisionné à intervalles réguliers.
En résumé, rien ne permet donc de conclure à l'existence d'un système d'élimination de corps sur l'île du délinquant sexuel. Les documents qui sont présentés en ligne sont authentiques, mais l'interprétation qui en est proposée se révèle trompeuse.
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