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| - Etude originale frauduleuse
Une rumeur sur les prétendues conséquences de la vaccination
Publié le 20.4.2026, 21:02 (CEST)
« L'autisme est bien causé par les vaccins », rapportent des internautes sur les réseaux sociaux depuis fin mars. Ils accompagnent cette assertion d'un lien vers un article publié en 2014 sur un blog douteux. Il y est écrit que le média américain CNN aurait mis en lumière les révélations d'un certain William Thompson, un docteur et lanceur d'alerte au sein des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des Etats-Unis. Il aurait publié une déclaration officielle confirmant une précédente étude établissant un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons et rubéole) et l'autisme, notamment chez les enfants afro-américains. Faut-il donner du crédit à cette allégation ?
Évaluation
Non. Les vaccins ROR ne causent pas l'autisme. Il s'agit d'une fausse information qui circule depuis la fin des années 1990 et qui est ravivée par des militants opposés à la vaccination.
Faits
L'article publié sur le blog le 18 septembre 2014, mentionne au bas de sa page que la source de cette allégation provient de « CNN iReport, 24 août 2014 ».
Une recherche sur base de ces éléments permet de retrouver un article de la chaîne d'information américaine à la date du 27 août 2014. La journaliste explique qu'une étude reliant vaccins ROR et autisme a été mentionnée dans un « iReport », c'est-à-dire la plateforme citoyenne d'informations de CNN qui permettait à quiconque de contribuer à l'actualité. Ces informations n'étaient donc pas vérifiées par des journalistes professionnels. Cet article du 27 août 2014 a remis en contexte l'étude en question.
A l'origine, une étude britannique frauduleuse
En 1998, le gastroentérologue britannique Andrew Wakefield a publié une étude dans la revue médicale The Lancet à propos de l'autisme chez les enfants. Aux côtés d'autres chercheurs, Wakefield avançait que le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) pouvait causer l'autisme chez les enfants.
Cette publication a provoqué un vent de panique chez les parents, entrainant une crise de santé publique au Royaume-Uni. En 2004, la revue The Lancet a reconnu qu'elle n'aurait pas dû publier cette étude, avant de la rétracter en 2010 suite à une enquête du General Medical Council (GMC), l’organisme de régulation médicale britannique. Cette enquête a mis en évidence de graves manquements éthiques de la part d’Andrew Wakefield, dont un conflit d’intérêt non déclaré. Par la suite, une enquête du British Medical Journal a renforcé ces conclusions. Wakefield a été radié du GMC.
Son étude avait été réalisée sur un échantillon de douze enfants seulement et comprenait de nombreux biais méthodologiques ainsi que des entraves à l'éthique médicale. Wakefield avait également omis de mentionner un conflit d'intérêt financier puisque cette étude lui avait été commandée pour soutenir une action en justice contre le fabricant du vaccin. Il s'apprêtait aussi à déposer un brevet pour un vaccin alternatif.
Nouvelle étude, nouvelle rétractation
Le contexte autour de cette étude frauduleuse permet de mieux comprendre le lien avec William Thompson. En 2004, ce chercheur américain travaillant aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), a coécrit une étude publiée dans la revue médicale Pediatrics. Les auteurs ont comparé 624 enfants diagnostiqués autistes, âgés de 3 à 10 ans, à 1 824 enfants au développement « normal » de la zone métropolitaine d'Atlanta, aux Etats-Unis. Ils en ont conclu qu'il n'existe aucun lien entre l'âge de la première vaccination ROR et les diagnostics d'autisme.
Dix ans plus tard, en août 2014, Andrew Wakefield, aux côtés de l'activiste antivaccins et biochimiste Brian Hooker, publie une vidéo sur la chaîne YouTube « Autism Media Channel » intitulée : « Un lanceur d'alerte des CDC dévoilé ». Dans cette vidéo, des échanges téléphoniques avec William Thompson - enregistrés à son insu - sont présentés comme révélant une fraude dans l'étude de 2004 des CDC. William Thompson a admis que, dans cette publication, des données avaient été omises, notamment au sujet des enfants afro-américains, faussant alors les résultats de l'étude.
En effet, cette étude s'appuyait sur les certificats de naissance pour déterminer l'origine ethnique ainsi que d'autres facteurs pouvant contribuer à l'autisme. Toutefois, 260 garçons afro-américains ont été exclus de l'analyse à cause de l'absence de ces certificats de naissance.
Brian Hooker s'est alors basé sur les données des CDC utilisées dans l'étude de 2004 pour les réanalyser. L'auteur suggère dans sa nouvelle étude, publiée fin août 2014, que les garçons afro-américains ayant été vaccinés avant l'âge de 24 ou 36 mois avaient 3,4 fois plus de risques d'être autistes que ceux qui ne l'avaient pas été.
Toutefois, là encore, l'étude a été rétractée quelques semaines après sa publication notamment pour cause de conflits d'intérêts de l'auteur, Brian Hooker étant conseiller scientifique pour la fondation Focus Austim. Il est aussi père d'un fils présentant un retard de développement, qu'il présente comme une victime des « effets indésirables liés à la vaccation ROR ». Des problèmes de méthode et d'analyse statistique ont également été constatés.
Aucune disimulation des CDC
Après la publication de cette vidéo YouTube, William Thompson a déclaré par le biais de son avocat regretter « que mes co-auteurs et moi ayons omis des informations statistiquement significatives dans notre article de 2004 ». L'auteur principal de l'étude, le docteur Frank DeStefano, aux côtés des autres chercheurs, a affirmé maintenir leurs conclusions.
William Thompson a cependant souligné croire fermement que « les vaccins ont sauvé et continuent de sauver d'inombrables vies », ajoutant qu'il ne suggérerait « jamais à aucun parent de ne pas faire vacciner ses enfants, quelle que soit leur origine ».
De leur côté, les CDC ont réaffirmé maintenir les conclusions de l'étude de 2004, indiquant que la publication avait fait l'objet de plusieurs examens. Dans un communiqué adressé au média ABC News, les CDC ont déclaré qu'« il n'y a pas eu de dissimulation » des données. « L'étude n'a révélé aucun lien statistiquement significatif entre l'âge au moment de la vaccination ROR et l'autisme », ont précisé les CDC.
Depuis lors, de nombreuses études ont prouvé qu'il n'existe aucun lien entre vaccin ROR et autisme. En 2019, une vaste étude danoise menée sur près de 657 000 enfants suivis sur plusieurs années n'a pas constaté d'augmentation du risque d'autisme après la vaccination ROR. Fin 2025, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié une déclaration expliquant qu'une nouvelle analyse du comité d'experts sur la sécurité des vaccins a établi qu'il n'existe aucun lien de causalité entre la vaccination destinée aux enfants et les troubles du spectre autistique (TSA). De quoi, pour de bon, enterrer cette désinformation persistante.
(Situation au 16.4.2026)
Liens
Publications Facebook I, II et III (versions archivées I, II et III)
Article de 2014 sur le blog Santé Nutrition (version archivée)
Article de CNN du 28 août 2014 (version archivée)
Etude retractée d'Andrew Wakefield dans la revue The Lancet I et II (versions archivées I et II)
A propos de la crise de santé publique au Royaume-Uni suite à l'étude de Wakefield (version archivée)
A propos de la radiation d'Andrew Wakefield - The Guardian (version archivée)
Le vaccin ROR peut-il provoquer l’autisme ? - Gavi (version archivée)
Etude de William Thompson de 2004 (version archivée)
A propos de Brian Hooker - npr (version archivée)
Vidéo YouTube d'août 2014 de Wakefield et Hooker en version archivée
Etude de Brian Hooker retractée (version archivée)
A propos de la nouvelle étude sur l'autisme de Brian Hooker I et II (versions archivées I et II)
Etude danoise de 2019 et déclaration de l'OMS sur le vaccin ROR (versions archivées I et II)
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